(francuski) Pionnier de la byzantinologie serbe, Dragutin Anastasijević (1877-1950), s'est spécialisé de 1902 à 1905 auprès de Karl Krumbacher (1856-1909) à Munich où il a obtenu son doctorat en 1905. De retour en Serbie, Anastasijević est resté en contact avec son maître, comme l'attestent cinq de ses lettres, datées de 1907 à 1909, conservées dans le legs épistolaire de Krumbacher (Bayerische Staatsbibliothek, München). Les photocopies de cette correspondance, rédigée en allemand, ont été remises au recteur de Université de Belgrade, Marija Bogdanović, par le prof. Peter Schreiner lors de sa promotion au rang de docteur honoris causa de l'Université de Belgrade, le 9 février 2004. Ce travail propose une traduction en serbe et un commentaire des lettres d'Anastasijević. Bien qu'assez bref, leur contenu nous révèle le champ d'intérêt très diversifié qui retenait alors l'attention de ce byzantiniste serbe. On y retrouve avant tout le thème de sa thèse de doctorat Die paränetischen Alphabète in der griechischen Literatur portant sur un type de poésie moralisante jusqu'alors quasiment inconnu se caractérisant par des vers dont les initiales reprennent l'ordre de l'alphabet grec. Outre cela, Anastasijevic s'intéressait alors tout particulièrement à l'étude des chartes athonites, ce qui l'amena à séjourner neuf mois à l'Athos en 1907/08. On note auusi tout l'intérêt qu'il portait à un bague d'or octogonale, acquise en 1908 et aujourd'hui conservé dans la Collection des antiquités romaines tardives et paléo byzantines du Musée national de Belgrade. Bien que donnant de nombreux détails sur cette parure dans une de ses lettres conservées, Anastasijevic, lui même, ne l'a jamais publiée. Cette bague n'a finalement fait l'objet d'une première publication, due au dr Ivana Popović de l'Institut Archéologique de Belgrade, qu'en 2001. Les polémiques de l'époque agitant la science byzantine ont également trouvé un écho dans les lettres d'Anastasijević. Il s'agissait avant tout de certaines questions relatives à la formation du grec moderne. De fait, la question linguistique s'était érigée en problème culturel et politique en Grèce dès la fin du XVIIIème siècle, qui a perduré, il est permis de dire, jusqu'à nos jours. Le débat sur la langue est devenu plus particulièrement virulent en 1905 lors de la parution du livre de Krumbacher, To npoßXrißa ттjс veo)T£paç урa<рoџe\г\с cAATjvuojç (p. 1-300) кгш àndvrrioiç sic avrôv vnà Гeсaру. N. Хсл&бaкт] (р. 301-860). Nombre d'écrivains, de savants et, plus généralement, de gens de plume, considéraient qu'il n'était pas de progrès possible de la littérature et de la spiritualité grecques sans une généralisation de l'emploi du grec démotique. Parmi eux figurait notamment Karl Krumbacher qui a alors pris part à le lutte pour l'introduction d'une langue grecque populaire. Parmi les savants grecs cette polémique voyait l'engagement de Georgios Chatzidakis, qui s'opposait à l'introduction du démotique, et Joannis Psycharis, qui voulait mettre un terme à l'utilisation de la katharevousa et tentait de systématiser le démotique et d'en faire la seul et unique langue nationale. D. Anastasijevic, qui était également partisan de l'emploi du grec démotique, note dans une de ses lettres que «seuls Psycharis et Krumbacher sont les apôtres de la vie et de l'avenir qui toujours doivent l'emporter sur la mort et le passé». Les lettres d'Anastasijevic nous renseignent également, de façon explicite, sur son abondante correspondance avec de nombreux scientifiques contemporains tels que, par exemple, P. Marc, J. Heeg, P. Maas, G. Schlumberger, J. H. Mordtman. De toute évidence ce jeune savant serbe s'était fait un grand nombre d'amis parrains ses confrères au cours de ses études à Munich et de ses nombreux voyages ou séjours de travail dans les principaux centres scientifiques et les plus importantes bibliothèques d'Europe. Finalement, mais non en dernier lieu, il ressort clairement des lettres d'Anastasijevic tout le respect et la gratitude qu'il ressentait à l'égard de son maître, et maître de nombreux autres chercheurs se penchant sur le passé byzantin, Karl Krumbacher. Il s'adresse à lui le plus souvent par «très cher monsieur le professeur» ou «très cher maître». Dans ce cas il est réellement question du nombre rapport entre un élève et son maître devenu son «père spirituel». .