Nos manières d’apprendre et celles de nos étudiant-e-s sont notamment déterminées par le contexte et les environnements technologiques à notre disposition. Longtemps les environnements virtuels d’apprentissage (qu’on les appelle comme cela ou encore plateformes virtuelles ou Environnements Numériques de Travail) ont été les seuls espaces à disposition. Aujourd’hui une large variété de services souvent gratuits sont disponibles sur la toile et exploitables tant sur nos ordinateurs que sur les technologies mobiles. Les individus et les groupes peuvent se constituer leurs propres environnements ouverts, flexibles, dynamiques. On parle alors d’environnements personnels ou d’Environnements Personnels d’Apprentissage EPA. Ce numéro répond à une invitation aux chercheurs et praticiens à communiquer leurs recherches et expériences dans ce domaine.
L’article de A.-F. Rey et de P.-F. Coen traite de l’intégration d’un assistant numérique personnel dans une classe du secondaire supérieur en Suisse. Bien que s’agissant d’appareils aux fonctionnalités multiples et dynamiques et donc difficiles - voire impossible - à appréhender comme des ensemble cohérents - comme l’ont été avant eux la télévision ou l’ordinateur -, cette étude est intéressante dans la mesure où elle explore un phénomène lié aux EPA. Cette recherche évaluation menée au tout début de l’expérience révèle par le croisement de points de vue d’enseignants et d’étudiants d’avantage les conceptions de l’apprentissage des uns et des autres que le développement de nouveaux usages. Ainsi, de nombreuses questions restent ouvertes, par exemple, quels usages se développent ou pourraient se développer à l’entre deux : « école-loisir », ou encore, pour les questions de recherche posées, quelles différences observe-t-on entre jeunes filles et jeunes garçons ? Les auteurs soulèvent cependant déjà quelques pistes intéressantes, par exemple, lorsqu’ils disent que : « L’utilisation de l’iPod est individuelle et très personnalisée. L’utilisateur peut faire ses propres listes de lecture, ses choix, ses paramétrages, ses téléchargements… Le monde scolaire, ordinairement soucieux d’un certain contrôle et d’une certaine homogénéité, s’ajuste mal à cette marge de liberté offerte aux étudiants qui échappent ainsi au regard - et au contrôle - des professeurs. »
L’article de Nadia Chafiq et de ses collègues de l’Observatoire de Recherche en Didactique et Pédagogie Universitaire (ORDIPU) Université Hassan II Mohammedia-Casablanca étudie les EPA comme outils de remédiation aux difficultés d’apprentissage du français d’étudiants de filière scientifique de première année de leur université. S’appuyant sur une approche des EPA que nous partageons comme des environnements ouverts et dynamiques constitués par les étudiant-e-s dans ce cas pour faire face à leurs difficultés d’apprentissage de la langue, ils rendent compte d’une enquête réalisée auprès d’un sous groupe de 70 étudiant-e-s inscrits sur la plateforme ACOLAD. Constatant que 30 étudiant-e-s sur 70 disent préférer utiliser d’autres outils disponibles sur le WEB - des outils spécifiquement dédiés à l'enseignement de langue les réseaux sociaux, les blogs , les messageries instantanées, les forums - ils développent un plaidoyer pour les EPA : « grâce à l’EPA, les apprenants peuvent non seulement obtenir, perfectionner et sélectionner du contenu, mais aussi adopter les outils qui sont importants pour leurs objectifs, créer leurs propres portails individuels d’apprentissage, libeller le contenu ou s’inscrire à des flux RSS les informant régulièrement sur les sujets qui les intéressent » ; plaidoyer qui bien entendu devrait être questionné dans de futures recherches.
Elsa Chachkine s’approche au plus près de l’étude des processus d’apprentissage en explorant « la façon dont des étudiants vietnamiens s’approprient l’environnement qui leur est proposé lors de deux activités collaboratives à distance en FLE ». Adoptant une approche spécifique et restrictive des EPA les considérant comme des environnements conçus par les enseignant-e-s dans lesquels « les étudiants sont invités à s’approprier l’espace d’apprentissage en produisant des connaissances, seuls et à plusieurs et en contrôlant une grande partie de leurs processus d’apprentissage », l’auteur s’éloigne du concept d’EPA proprement dit. Cependant, elle présente une approche méthodologique intéressante qui pourrait être exploitée dans des recherches spécifiquement dédiée aux EPA, c’est-à-dire à des environnements conçus et partagés par les étudiant-e-s eux-mêmes. En effet, elle situe elle-même le dispositif présenté – particulièrement intéressant par son scénario original - comme une phase préparatoire à la conception d’EPA par les étudiant-e-s eux-mêmes.